La parodontite

L'alternance de phases de dégradation et de réparation de la gencive engendre une gingivite chronique : une maladie indolore.

Cet équilibre pourra se maintenir fort longtemps, toute la vie même pour les plus chanceux d'entre nous. Toutefois, dans une grande majorité des cas ce sont les dégâts qui finiront par l'emporter. Pour expliquer cette dégradation, on peut évoquer deux causes et un certain nombre de facteurs favorisants.


Accroissement de la quantité de bactéries


La quantité de bactéries accumulée au contact de la gencive sera influencée par la qualité du brossage, assez peu par l'alimentation (gare aux grignoteurs) mais surtout par l'état de surface des dents. Plus les dents seront rugueuses plus la quantité de bactéries accumulée par unité de surface sera élevée. Les dents deviendront rugueuses essentiellement par accumulation de tartre. Ce tartre se forme à partir des bactéries que le brossage n'aura pas chassées. Lorsque le brossage présente des lacunes, il y aura forcément des zones de notre bouche où les bactéries ne sont jamais dérangées. Elles ont alors le loisir de s'accumuler à la surface de la dent. Elles parviennent à s'agglutiner car elles fabriquent, en effet, une espèce de colle; l'ensemble s'appelle la plaque dentaire.


La plaque dentaire et le tartre


Pour fabriquer cette colle, les bactéries tirent parti de grosses molécules contenues dans notre salive. Dans la salive nous possédons également une concentration importante de sels minéraux dont le rôle est de compenser les caries débutantes pouvant survenir à la surface de l'émail. Ces sels minéraux vont aussi, malheureusement s'accumuler dans cette colle fabriquée par les bactéries et c'est comme cela que le tartre va se construire. Cela voudra dire que si on se brosse parfaitement les dents, on ne fait pas de tartre et donc qu'il y aurait moyen de se faire détartrer une fois pour toute.

Il y aurait moyen de se faire détartrer une fois pour toute !

Cela restera malheureusement un peu théorique du fait que nous avons tous des zones de notre bouche plus difficile d'accès ou des dents qui se chevauchent où le brossage ne pourra pas être parfaitement exécuté. Mais pour le plus grand nombre de nos surfaces dentaires, cette accumulation de tartre pourra être évitée.

Le tartre, en lui-même, est inoffensif. Mais il est très rugueux et de dès lors, à la surface du tartre on verra s'accumuler beaucoup plus de bactéries qu'à la surface des dents et cela, indépendamment de la quantité de tartre. Quatre jours de tartre ou quatre ans de tartre auront donc le même effet.

Si la quantité de bactéries au contact de la gencive augmente, l'irritation de cette gencive augmente elle aussi. Le système de réparation qui parvenait à maintenir notre gencive attachée risque de s'en trouver débordé et la gencive se décolle. Si la gencive se décolle, les bactéries pourront venir s'accumuler sur la racine, puis il y a du tartre qui va se former sur la racine. bref, c'est l'effet "boule de neige" qui conduira progressivement l'augmentation de la profondeur du sillon entre la gencive et la dent : la poche parodontale.

On comprendra qu'un détartrage effectué une ou deux fois par an alors que le brossage reste déficient, même s'il en ralentira l'évolution, ne mettra pas le patient à l'abri de l'apparition de lésions parodontales. Encore faudra-t-il s'entendre sur le sens du terme "détartrer". S'agit-il d'enlever du tartre ou d'enlever tout le tartre ?


Accroissement de l'agressivité des bactéries : la poche parodontale


Nous avons tous des bactéries agressives dans notre bouche. On compte 300 à 400 espèces de bactéries et les plus agressives sont celles qui craignent l'oxygène. Ce sont les bactéries anaérobies. La bouche est relativement bien aérée et de ce fait la proportion de bactéries agressives restera relativement faible (environ 5%). Toutefois si la gencive se décolle et si donc une poche se forme entre la gencive et la dent, la proportion de bactéries agressives risque d'augmenter considérablement et cela au fur et mesure que la profondeur de la poche s'accroît. A partir de 3 mm de profondeur de poche la proportion de bactéries agressives (anaérobies) atteint déjà 75% (importance du sondage parodontal).

Les bactéries agressives (anaérobies Gram-) produisent des toxines plus irritantes ce qui accentuera la réaction de défense que nous allons opposer à cette infection. On verra apparaître des saignements mais parfois aussi des suppurations, voire de véritable abcès. De plus, ces bactéries agressives produisent des enzymes capables de détruire nos tissus de soutien. La maladie passe dès lors en phase autonome puisque ce sera directement l'action destructrice de ces bactéries qui occasionnera des dégâts et ce ne sera plus seulement les quelques défauts de notre système de défense. On ne parlera plus de gingivite chronique mais de parodontite chronique. La proportion de bactéries agressives dans la bouche et dans les sites actifs est à peu de chose prêt constante d'une personne à l'autre. Toutefois ce qui pourra varier c'est le type de bactéries agressives en présence. Chez certaines personnes on retrouvera des bactéries très fortement agressives. Ces patients développeront cette maladie plus précocement et sans doute plus sévèrement.



Par Frédéric De Beule, Membre du Board de la SBP-BVP


oral-b tepe